abdellatif laâbi : mémoire-corps.

Elle recevaient les premières gouttes de sang. Je serrais une main. J’en garde la moiteur. Le corps dont elle faisait partie a disparu pour toujours. Pourtant je relevais la tête, je regardais. Je parlais à quelqu’un. Un océan m’en sépare. L’a déduit. Je lui ai arraché la main. Je l’ai emportée avec moi. J’ai dormi des années. Il en est mort. Elle en est morte.

Je suis incapable de réinventer ses doigts. Mais je veux surtout me débarrasser de sa main.

La courette était silencieuse. Déserte. Une marelle était tracée sur le sol avec du charbon de bois. Les murs couverts d’inscriptions d’enfants. Glorification de l’équipe de football locale, divers attributs du passif, aucune allusion à la femme. Un autre royaume de gosses. J’y débouche. Encore une fois, je ne pourrais pas tout voir. Un obstacle me barre le passage. Je rentre la tête, à moitié. De cette façon, je ne peux voir que d’un oeil. Je n’ai pas de voix. Le reste du corps vagabonde.

Ailleurs.

tiré d’ici.

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